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HISTOIRE ILLUSTREE D’UN CHEF D’ŒUVRE

Réalisé en fin de 3e année par Guiffrey de Vaublanc

GUERIDON AUX NENUPHARS MAJORELLE « ECOLE DE NANCY »

A l'approche du XXe siècle et sous l'impulsion décisive de nombreux artistes, architectes et commanditaires, l'Art Nouveau connaît un développement exceptionnel et international. Tous les domaines de création et techniques sont concernés par ce mouvement artistique.

A Nancy, l'Art nouveau prend le nom d'Ecole de Nancy et se développe grâce notamment à des figures emblématiques comme Gallé, Daum, Majorelle, Muller, Grüber, etc… Verrerie, mobilier, vitrail, céramique, cuir, ferronnerie, architecture participent à ce vaste mouvement de rénovation des arts décoratifs.

Parmi les créations les plus réputées de Louis Majorelle, le mobilier « Aux Nénuphars » est un parfait exemple de la mise en valeur de l’art floral. Cette série fait partie du mobilier « haut de gamme » proposé aux familles fortunées de la région alors très industrielle. La série comprenait une grande variété de meubles dont un bureau, des fauteuils, une chambre à coucher et un guéridon dont on peut encore voir un exemplaire au Musée de l’Ecole de Nancy et un exemplaire au Musée des Arts Décoratifs à Paris.

Le hasard voulut qu’en 2007, un amateur du mobilier de cette époque propose aux Compagnons des Walser de réaliser pour lui une « copie de musée » de ce guéridon. La réalisation en fut confiée à un compagnon de 3e année travaillant en étroite relation avec le Maitre-Formateur afin de résoudre les multiples difficultés de réalisation de ce meuble exceptionnel.

Voici donc résumé en quelques photos l’histoire de la recréation de ce « chef d’œuvre » réalisé en acajou et bois de serpent avec bronzes.

Les croquis et les plans

Il est essentiel pour un bon ébéniste d’art de savoir imaginer et comprendre comment l’artiste a conçu et exécuté son meuble à l’origine. Il doit donc, avant toute chose, faire appel au dessin pour retrouver tous les détails de l’architecture du meuble.

Une visite au Musée de l’école de Nancy a permis à Guiffrey de s’imprégner de l’esprit du meuble à réaliser, d’en apprécier les dimensions et les proportions.

Sa seconde tâche a été de consulter la documentation du centre de formation pour y rechercher tout ce qui avait pu être dit sur ce meuble. Ce guéridon est très célèbre et Guiffrey a donc la chance eu de trouver un nombre assez important de photos prises sous divers angles.

Il passe ensuite au dessin de la structure de base et commence à établir le plan des différentes parties du meuble. Le dessin d’art et le dessin de plan sont une composante très importante de la formation que nous proposons. C’est pourquoi nous souhaitons que les candidats retenus aient une bonne sensibilité artistique

Les épures et la sculpture des futurs bronzes

Une fois les croquis et les plans terminés, le compagnon doit passer au stade des épures qu’on pourrait aussi appeler la « maquette ». Ce stade permet de se frotter aux difficultés de la mise en forme de chaque pièce et d’imaginer les contraintes de l’assemblage final. Le mobilier « Ecole de Nancy » est particulièrement complexe dans ce sens avec des formes très florales et des courbes très aériennes.

C’est ici qu’on va élaborer les différents gabarits de courbures et c’est à ce stade que l’on va préparer le travail du fondeur de bronze. Chaque bronze du meuble final va être reproduit le plus fidèlement possible dans une matière très malléable à température ambiante, la Plastiline®, sorte de pâte à modeler qui durcira ensuite au froid.

On voit bien, rassemblés sur cette photo, les différents éléments qui ont servi à cette réalisation. A gauche on aperçoit l’épure des courbures du plateau, à droite sur le plan un gabarit de courbure. Sur le plateau une maquette terminée du bronze de pied figurant la racine et la feuille de nénuphar et, sur une épure bois grossière, la maquette des trois bronzes représentant la fleur qui décoreront le plateau.

On retrouve sur cette photo, au premier plan, deux éléments allongés supplémentaires qui représentent les deux extrémités de la tige qui courra le long du piètement. On obtiendra ainsi un ensemble symbolisant la plante, la racine puis les feuilles, la tige qui s’en échappe et porte à son sommet la fleur de nénuphar.

Cette représentation florale est une constante dans le style Ecole de Nancy, on la retrouvera dans toutes les applications : verrerie, mobilier, vitrail, céramique, cuir, ferronnerie, architecture, etc… On observe, sur l'ensemble des productions de cette époque, un mélange recherché dans l'association de toutes ces matières.

Les moulages en Plastiline® vont maintenant pouvoir partir chez le fondeur qui les utilisera pour réaliser ses propres moules. Cette étape est essentielle pour la qualité finale de la copie de musée, la perfection des bronzes étant de rigueur pour coller avec la perfection attendue du travail d’ébénisterie.

Réalisation des diverses pièces du guéridon

Il est maintenant temps de s’attaquer aux pièces finales du guéridon, trois pieds, un plateau supérieur et un plateau inférieur.

La règle dans l’atelier est de tout réaliser à la main, sans recours à des machines. La seule concession que l’on se permet (comme c’était déjà le cas dans le passé) est de débiter mécaniquement le billot pour obtenir la forme de base. On voit bien ici les pieds débités sur une forme très générale.

Tout le travail de sculpture qui va suivre sera réalisé entièrement à la main avec gouges et ciseaux.

Vous ne vous trompez pas, il y a bien quatre pieds sur cette photo pour un guéridon qui n’en comportera que trois. Ce 4e pied servira de "pied de secours" en cas de problème sur l’un des trois autres. Il doit évidemment avoir été débité dans le même billot d’origine et dans le même sens du fil du bois afin d’assurer une parfaite homogénéité finale s’il devait être utilisé.

Comme vous avez pu le remarquer la grande difficulté de ce meuble réside dans les lignes très fluides du piètement, les différentes pièces devant s’assembler sans créer de cassures dans cette ligne.

Bien qu’elle puisse paraître simple, cette pièce est des plus complexes. Elle doit être parfaite pour venir s’assembler avec le piètement final. La ligne sculptée de surface devra se prolonger sans heurt avec sa continuation sur le pied principal. L’assemblage se fera avec des tourillons dont on voit l’emplacement sur la tranche. Cette pièce nécessite, de la part de l’ébéniste, une bonne représentation dans l’espace.

Un des éléments essentiel dans la formation des jeunes ébénistes consiste à savoir maitriser le temps nécessaire à la réalisation d’une pièce particulière puis d’un ensemble. En effet, quel que soit le métier qu’ils choisiront ensuite, il leur faudra systématiquement penser à l’aspect rentabilité de l’opération et/ou au respect des délais fixés.

Le plateau supérieur est la pièce maitresse de l’ensemble, c’est elle qui va donner au meuble son aspect définitif. Le plateau est monté exactement comme il le fut par Majorelle en 1900, sur une feuille de multiplis permettant d’obtenir une base rigide qui ne se déformera pas à la chaleur ou à l’humidité.

Les 6 pièces composant le bord du plateau sont sculptées à la main. L’ébéniste doit vérifier très souvent avec son gabarit (sur l’établi à gauche) où il en est afin de ne pas enlever trop de bois ce qui l’obligerait à refaire la pièce dans sa totalité.

Réception des bronzes

Les bronzes viennent d’être livrés et notre ébéniste opère la vérification du travail du fondeur. Il est évidemment indispensable que le travail confié au fondeur soit réalisé exactement aux dimensions demandées, que la finesse du travail respecte les détails de l’original et que l’ensemble soit beau à voir.

Le travail étant satisfaisant, il peut maintenant passer au montage des différentes pièces du bronze (pied, tige et fleur terminale) sur la maquette du guéridon.Tout semble parfait, la tige s’insère parfaitement dans la fleur, les bronzes s’adaptent idéalement sur le piètement et sur la bordure du plateau. L’ébéniste peut maintenant passer au stade du montage final de la structure bois de son guéridon sans craindre un problème d’ajustement de dernière minute.

 

 

 

Montage final de la structure du guéridon

L’ébéniste commence ici par peaufiner le plateau supérieur qui recevra ensuite, comme le plateau inférieur, un placage de bois de serpent.

L’ébénisterie d’art demande beaucoup de patience et de méticulosité. Il faut passer de longues heures à poncer très finement chaque partie du meuble afin que le vernis final puisse rendre un aspect totalement lisse et soyeux.

On imagine bien le travail qui a été fait entre le dégrossissage du plateau (voir photo) et la finition impeccable qu’on remarque sur cette photo. On a réellement l’impression que les 7 morceaux assemblés ne font plus qu’un.

La documentation sur l’original est toujours présente sous les yeux du compagnon qui s’y réfère très souvent.

On voit ici Guiffrey vérifier méticuleusement la parfaite planéité du plateau qui sera le gage d’un montage final réussi.

L’heure de vérité est maintenant arrivée. Le Maitre-Formateur aide Guiffrey à monter les différentes pièces, les pieds s’encastrent au millimètre, les tourillons s’enfoncent dans leur logement sans qu’il y ait à forcer. Cette haute précision est le signe d’un travail de haute qualité.

Le guéridon est maintenant retourné sur ses pieds et le Maitre-Formateur observe dans tous les détails le travail de son élève. La photo de l’original est toujours présente sous ses yeux. Le feu vert est donné pour la suite.

La première partie du travail (le gros-œuvre en quelque sorte) est terminée, la structure est prête à recevoir le placage, le vernis au tampon, les finitions puis la pose des bronzes.

C’est ainsi que le guéridon va prendre vie petit à petit et devenir le chef-d’œuvre du compagnon.

Placage en Bois de Serpent

Il est un grand et bel arbre de la forêt guyanaise qui est nommé Bois de Serpent (Marmoroxylon Racemosum). Il n'attire aucunement le reptile. C'est juste son bois composé de grosses fibres d'un jaune profond, marbré de grandes tâches irrégulières qui ont parfois la forme de veines brun foncé irisé de nuances plus sombres. Elles font penser à l'écaillure d'un serpent.

Le Bois de Serpent est une essence assez rare poussant exclusivement en forêt primaire. Il affectionne les sols secs. Son aire de répartition couvre tout le bassin amazonien ainsi que le plateau des Guyanes. Il culmine à 30 mètres de haut, son fût est en moyenne long de 15 à 20 m. Le diamètre moyen varie lui de 50 à 60 cm, mais les plus gros spécimens atteignent 70 cm.

C’est un bois rare, dur et dense donc difficile à travailler. Son utilisation est fortement conseillée pour la fabrication d'éléments de décoration et dans l’ameublement. Il est durable et donne aussi un très beau poli. Il entre, par ses caractéristiques techniques et son aspect dans la catégorie des bois précieux. Petite particularité amusante : sa densité est de 1.02 donc il ne flotte pas.

Voici deux exemples de Bois Serpent assez différents, celui de droite a été utilisé pour la fabrication de ce guéridon Majorelle.

Le placage se fait avec de minces feuilles de bois qui ont séché depuis de nombreuses années. Les feuilles utilisées pour ce guéridon étaient dans la collection personnelle du Maitre-Formateur, il en avait hérité de son père. Il a décidé qu’il n’y avait pas de meilleure utilisation possible pour ce petit trésor que de figurer pour les prochains siècles sur le chef-d’œuvre d’un excellent élève de notre Centre de Formation et l’a donc mis à la disposition de Guiffrey.

Pour réaliser le placage il convient d’abord de constituer une feuille ayant la surface nécessaire pour couvrir les plateaux. L’assemblage se fait à joints vifs avec un simple adhésif qui sera enlevé après collage définitif. Il faut faire preuve ici d’un peu de sens artistique afin d’appairer des panneaux qui ont une veine proche.

Ce travail demande également beaucoup de minutie car les feuilles sont très fragiles à manipuler et risquent de se déchirer à tout moment.

Une fois cette préparation terminée, il ne reste plus qu’à réaliser le collage de la feuille sur les plateaux.

L’assemblage est fait avec une recette de colle utilisée depuis des siècles par les ébénistes et que le Maitre-Formateur transmet aux compagnons.

Cette colle à base d’os fabriqué sur place, a l’avantage de pouvoir être « démontée » en cas de problème. Elle rend les restaurations réversibles ce qui est une règle absolue et intangible dans ce domaine. Les colles modernes bien que très performantes du point de vue technique, sont totalement prohibées pour au moins 2 raisons principales :

a) elles assurent des collages définitifs et il devient donc impossible de modifier une réparation (éventuellement mal faite) avec ces matériaux modernes ce qui entraine une perte de valeur importante de la pièce.

b) elles durcissent très rapidement ce qui entraine rapidement des tensions, des déformations et des boursouflures du placage.

52 Guridon aux nnuphars MajorelleIl ne reste plus qu’à passer les nombreuses couches de vernis au tampon qui vont donner au meuble son soyeux et son aspect final. Là encore le compagnon fera preuve de beaucoup de patience et fournira beaucoup d’huile de coude.

Les bronzes sont mis en place donnant ainsi au guéridon Majorelle toute sa splendeur finale.

Nota : Le but d’une copie de musée n’est évidemment pas de se faire passer pour un objet authentique. Afin d’éviter toute escroquerie possible en cas de vol, ce guéridon a été signé « Walser » à un endroit visible et à un second endroit totalement caché connu uniquement du Maitre-Formateur et de Guiffrey rendant impossible toute tromperie.

Guiffrey de Vaublanc est désormais installé comme Ebéniste d'Art à Lyon, vous pouvez lui confier vos meubles les plus précieux.

Picto datadocke

Logo PLAB

Logo INMA 

logo ciel jeunes 

 

 

logo nancy

Visiteurs / Visitors

Remerciements / Thanks

Les Compagnons des Walser remercient leurs partenaires, Ciel des Jeunes, Fondation Baudoux et Fondation Legallais, pour leur support dans le financement des formations et la Ville de Nancy pour son soutien dans les stages à Kanazawa.

Les Compagnons des Walser

Association Loi 1901 - Déclaration n° 010492 publiée au J.O du 10 Février 1993 - Formateur déclaré sous le n° 41.54.01087.54 – Exonéré de TVA - SIRET 392 199 923 00047 - NAF 804 C

Crédit Photo / Photo Credit

Compagnons des Walser, Ville de Nancy, Philippe Fosseux
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